Que faut-il changer du code électoral au Burkina Faso : Eléments de réponse avec Me Halidou Ouédraogo

La Transition burkinabè doit désormais prendre fin dans 60 mois à compter du 2 juillet 2024, avec l’organisation d’élections libres et transparentes. Ainsi en ont décidé les forces vives de la nation lors des assises nationales tenue le 25 mai 2024. Quelles reformes entreprendre afin que les élections à venir reflètent la volonté réelle du peuple dans un climat apaisé et inclusif ? Qui de mieux que Me Halidou Ouédraogo, 72 ans, président de la Convention des organisations de la société civile pour la surveillance domestique des élections (CODEL) pour répondre à cette question ? Nous l’avons rencontré à son domicile, le 2 mai 2024.

Les reformes qui doivent être portées au Code électoral du Burkina Faso sont diverses. Pour Me Halidou Ouédraogo, la première reforme concerne le mode d’élection des élus locaux. Pour lui, les maires doivent être élus par suffrage universel. Et l’organisation qu’il dirige, c’est-à-dire la CODEL, avait déjà formulé des recommandations dans ce sens à l’issue des élections de 2016 et 2020.

« Nous avons constaté que lorsqu’il s’agit de désigner un maire, les habitants se battent. Nous avons tiré des leçons de ces situations et avons convenu que les maires devraient être élus de manière universelle », explique Me Halidou Ouédraogo.

Par ailleurs, les reformes à entreprendre doivent promouvoir l’inclusion des personnes âgées, des handicapés et des prisonniers. Les personnes âgées, qui représentent 2 % ou 3 % de la population, doivent pouvoir voter, selon le magistrat.

Pour lui, les prisonniers peuvent rester en prison et exercer leur droit de vote au niveau des tribunaux de grande instance (TGI). « Voter ne signifie pas seulement se libérer. Même en prison, on peut voter en toute conscience. Il existe des exemples de personnes ayant obtenu des doctorats et des agrégations en prison. Je pense notamment au regretté Ahmed Ben Bella, que j’ai eu l’honneur de conseiller. Il a fait de la prison, mais il est devenu un allié majeur dans la libération de l’Algérie. Il est une véritable icône », soutient Me Halidou Ouédraogo.

Plus de 77 % de la population burkinabè sont des jeunes en âge de voter et 52 % de cette même population sont des femmes. Me Halidou Ouédraogo estime que des reformes devraient permettre l’élargissement de l’adhésion électorale avec l’encouragement des jeunes et des femmes au vote. « Si ces dernières décident de voter, nous pourrions voir une femme accéder à la présidence. Cela pourrait potentiellement nous changer », déclare-t-il.

Me Halidou Ouédraogo brandit le rapport d’activité 2022-2023 de la CENI-©Faso7

L’autre reforme que le Burkina Faso devra envisager, est l’utilisation de la carte d’identité comme carte électorale, selon Me Halidou Ouédraogo. « C’est un système fiable. Nous devons encourager de telles réformes », dit-il. Il faut noter que le document de vote au Burkina Faso est la carte d’électeur.

S’il y a une chose qui de plus en plus décriée par les défenseurs de la démocratie en période électorale, c’est la corruption. Cette corruption peut concerner le financement des dépenses de campagne ou l’achat des consciences. Me Halidou Ouédraogo pense qu’il est impératif que des reformes viennent assainir le milieu. La CODEL a déjà fait des recommandations dans ce sens. Il n’est pas question qu’un candidat accède à un poste par corruption, selon lui. « Le financement des élections, on peut contrôler les financements privés en plus des financements de l’État. Le parti qui ne peut pas faire un rapport sur l’argent que l’Etat lui a donné pour faire sa campagne et consort, ou pour animer la vie politique en dehors des campagnes, on le raye. Il y a eu déjà des exemples. Ce sont ces genres d’observations qu’on a faites et qu’on peut toujours faire », soutient-il.

Le Burkina Faso traverse une grave sécuritaire depuis environ 10 ans. Cette crise engendre le déplacement massif des populations. Comment permettre à ces populations déplacées de pouvoir exercer leur droit de vote, même si elles ne sont pas réinstallées dans leurs localités d’origine ? Le président de la CODEL est confiant en ce qui concerne cette question. « Le travail est fait. La CENI a déjà proposé des solutions. Nous avons la merveilleuse femme qui s’occupe de la digitalisation. Aujourd’hui, les prisonniers peuvent voter par l’informatique. Ils sont recensés. Le Nigeria a montré l’exemple, le Sénégal a montré l’exemple. Nous pouvons le faire. Les déplacés internes vont voter là où ils sont. Ceux qui ont pu se réinstaller dans leurs villages ou qui restent sur les sites peuvent voter », fait savoir Me Halidou Ouédraogo.

En attendant l’organisation des élections, Me Halidou Ouédraogo pense qu’il est d’abord nécessaire de sauver le pays en accompagnant la Transition actuelle. La CODEL apporte déjà son accompagnement à travers les comités de veille citoyennes en vue de promouvoir la confiance entre les Forces de défense et de sécurité et les populations. Toutefois, le magistrat estime que, face à certaines dérives telles que les enlèvements des citoyens, le président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, doit jouer son rôle.

« Le président actuel est le garant de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Le Président Ibrahim doit respecter son serment et préserver cette indépendance. Les enlèvements ne sont pas convenables. Il y en a qui sont partis sur le front, ils sont revenus ; c’est bon. Nous demandons la libération de certains individus, conformément aux décisions de justice. La balle est dans le camp du Chef de l’État. Il faut le lui dire seulement et je le dis, je pense que je ne serai pas enlevé, non ! Donner des leçons aux gens, c’est bon, mais il faut effectivement tirer des leçons », dit-il.

En ce qui concerne l’avenir du Burkina Faso dans ce contexte tumultueux, Me Halidou Ouédraogo se veut optimiste. Le Burkina Faso renaîtra de ses cendres, selon lui. « J’étais présent le 3 janvier 1966. J’ai traversé tous les 9 coups d’État en Haute-Volta et au Burkina Faso. Mais je suis assis. Si on arrive à régler la question du terrorisme, le Burkina renaîtra comme le phénix de ses cendres ; parce qu’il a un passé, un présent et un avenir radieux. Je n’ai jamais pensé et il ne m’est jamais venu à l’esprit que le Burkina va disparaître et le Burkina ne disparaîtra pas. C’est un pays qui existe, qui se consolidera et qui donnera l’exemple au monde », a laissé entendre le septuagénaire, le regard figé.

Josué TIENDREBEOGO

Faso7

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