Ce difficile engagement des femmes en politique au Burkina Faso

Au Burkina Faso, les femmes sont peu présentes en politique, en dépit de leur nombre. Selon le Recensement général de la population et de l’Habitat de 2019, le nombre de femmes est de 10 604 308, soit 51,7% de la population. Pourtant, l’autre moitié du ciel n’est pas nombreuse dans les loges politiques.  . Cette présence insignifiante des femmes est liée à plusieurs facteurs, dont ceux culturels et sociaux. 

La présence des femmes dans le gouvernent de Transition est évaluée à 21,73%. A l’Assemblée Législative de Transition en 2023, les femmes ne représentaient que 16,9%, selon Lynda Traoré, chargée de programmes du Mouvement Citoyen FEMIN-IN.

Cette situation est due aux pesanteurs qui ont un poids lourd sur ces femmes, selon Ramata Laetitia Koudougou, secrétaire exécutive de la Convention des Organisations de la société civile pour l’Observation Domestique des Élections (CODEL). De son avis, il y a des difficultés au niveau individuel, au niveau familial, au niveau de la communauté et au niveau même des partis politiques qui limitent la participation des femmes aux instances de décision et surtout en politique.

« Ces femmes au niveau des partis politiques ne sont pas bien positionnées, alors qu’elles sont là. Elles mobilisent l’électorat, mais elles-mêmes, c’est difficile qu’elles puissent franchir le pas », dit-elle.

Ramata Laetitia Koudougou, secrétaire exécutive de la CODEL -©Faso7

De l’avis de Boubacar Sanou, Premier vice-président du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), les femmes sont très peu engagées sur le plan national. « Quand vous ramenez ça au plan des partis politiques, surtout pour un parti politique comme le nôtre qui est actuellement dans l’opposition, après avoir géré l’appareil d’Etat, (…), ne demandez pas à des femmes qui, même quand les partis sont au pouvoir s’engagent peu, de venir s’engager et militer dans les partis d’opposition », explique-t-il.

En 2009, le Burkina Faso a adopté la loi n°10-2009/AN portant fixation du quota genre aux élections législatives et municipales. Cette loi a favorisé des acquis aux élections législatives et municipales intervenues après son adoption,  notamment celles de 2012, 2015 et 2016.

Au niveau des listes électorales des différents partis politiques, le positionnement des femmes n’est pas satisfaisant au regard de la loi ; ce qui est considéré comme une inégalité, voire une marginalisation, selon la secrétaire exécutive de la CODEL. « Malgré l’existence de la loi, on peut dire qu’en 2020, on avait 15 femmes sur 127 députés. Et si je prends encore en allant toujours en 2000 par rapport au niveau des rurales, les élections passées en mai 2016, il y avait 91 % d’hommes contre 8,4 % de femmes. Et les femmes qui étaient maires représentaient 2,85 %, y compris les arrondissements », note-t-elle.

Ce faible engagement des femmes en politique est perceptible à travers leur nombre insignifiant à la tête des partis politiques. En effet, lors de l’élection présidentielle de 2015, sur 14 candidats, seulement 2 femmes étaient présentes. Il s’agit de Saran Séré Sérémé présidente du Parti pour la démocratie et le changement (PDC) qui a obtenu 1,74 % des voix et Françoise Toé, candidate indépendante qui avait obtenu 0,26 % des voix.

Les insuffisances de la loi sur le quota genre

Selon le juriste et spécialiste en genre, Blaise Pebi Tienin, de nombreuses insuffisances liées à l’application de cette loi sur le quota genre n’ont pas permis d’atteindre les objectifs escomptés. L’interprétation de la loi est l’une des difficultés rencontrées dans son application. « Aucun texte n’étant venu préciser les termes de la loi, les partis politiques ont choisi l’interprétation, qui en réalité, ne renforçait pas la participation des femmes. Ainsi, au lieu de 30 % de toute liste, ils ont préféré 30 % de l’ensemble des candidatures du parti », a-t-il déclaré.

En ce qui concerne le positionnement des femmes, elles n’ont pas été placées en position d’éligibilité sur les listes électorales, c’est-à-dire têtes de liste ou titulaires, de l’avis de Blaise Pebi Tienin.

Ces difficultés ont conduit en 2020, à l’adoption de la loi N°003-2020/AN du 22 janvier 2020 portant fixation de quota et modalités de positionnement des candidates aux élections législatives et municipales au Burkina Faso. Le décret d’application de ladite loi a aussi été adopté.

« Cette loi est venue abroger la loi n°010-2009/AN du 16 avril 2009 portant fixation de quota aux élections législatives et municipales au Burkina Faso, afin de corriger ses insuffisances et relever le défi d’une meilleure participation politique des deux sexes en politique », a informé le spécialiste en genre.

Le positionnement alterné sur les listes de candidature dans les 45 provinces et sur la liste nationale pour les élections législatives, le quota de 30% sur les candidatures en tête de l’ensemble des listes de candidature présentées par un parti politique, constituent entre autres les axes majeurs de cette nouvelle loi.

Lors des élections présidentielles du 22 novembre 2020, sur 13 candidats aux élections présidentielles, le seul parti politique géré par une femme était le Mouvement pour la Renaissance du Burkina. Dirigé par Yeli Monique Kam, ce parti a obtenu 0, 54 % des voix à l’élection présidentielle.

Le juriste et spécialiste en genre, Blaise Pebi Tienin, note que pour ces élections de 2020, aucun parti politique n’a respecté la loi de 2020 dans son entièreté.

Les coups d’Etat, moyen de fragilisation de l’engagement politique des femmes

De 2020 à 2024, le Burkina Faso a connu 2 coups d’Etat. Ces coups d’Etat ont eu des conséquences sur l’engagement des femmes en politique.

De l’avis de Bassératou Kindo, Directrice de publication de Mousso News, la recrudescence des coups d’Etat a  un impact « pas assez intéressant » sur l’activité politique de façon générale et de façon spécifique des femmes qui, dans une situation normale ne s’engageaient pas.

« Qui dit coup d’Etat, dit Etat d’exception, dit restriction de beaucoup de libertés, de beaucoup de choses alors que la politique, c’est quand même une certaine liberté d’expression, d’activités. Si les hommes n’arrivent pas à le faire, eux qui sont beaucoup plus solides moralement, qui peuvent supporter les coups durs, ce ne sont pas les femmes qui manquent beaucoup de confiance en elles, qui ont parfois peur, qui vont le faire », déclare-t-elle.

Bassératou Kindo -©Faso7

Cet avis est partagé par Boubacar Sanou qui trouve que ces coups d’Etat ont un impact sur  l’engagement de beaucoup d’acteurs. « Ce n’est  même pas sur l’engagement seulement des femmes, mais l’engagement de beaucoup d’acteurs. Des gens sont un peu désabusés par ce cycle infernal de coups d’Etat et surtout l’œil accusateur porté sur les partis politiques, les responsables politiques. Nous échangeons avec beaucoup de personnes, aujourd’hui, qui semblent avoir tourné cette page de l’engagement politique. Et vous n’ignorez pas que nos épouses, elles sont les plus fragiles socialement », signifie-t-il.

Boubacar Sanou -©Faso7

« C’était au niveau des partis politiques qu’elles le faisaient, mais les conditions et l’état du pays font que cela va encore impacter sur ces femmes en politique, parce qu’elles n’ont pas l’occasion de pouvoir s’exprimer. Et celles qui s’étaient engagées, j’ai peur qu’elles se découragent et laissent tomber », a renchéri Ramata Laetitia Koudougou, secrétaire exécutive de la CODEL.

Lynda Traoré, chargée de programmes du Mouvement Citoyen FEMIN-IN, lors du lancement d’un incubateur politique des jeunes filles et femmes, le 17 février 2024 à Ouagadougou, a rappelé que la représentation des femmes aux postes de décision demeure en deçà de la moyenne régionale pour l’Afrique Subsaharienne. Elle a expliqué que les femmes sont très peu présentes dans les postes politiques. De son avis, le ratio de femmes dans le Gouvernement de transition est de 21,73 % et à l’Assemblée Législative de Transition, il est de 16,9 % en 2023.

Plusieurs actions doivent être menées pour encourager les femmes à s’engager en politique. Bassératou Kindo propose de mettre l’accent sur l’éducation et la formation des femmes parce que, selon elle, la politique rime avec un “Background”, une bonne culture générale.

C’est d’ailleurs dans cette logique que le Mouvement Citoyen FEMIN-IN a lancé le 17 février 2024, un incubateur politique des jeunes filles et femmes à Ouagadougou, pour favoriser une participation politique accrue des jeunes filles et femmes et combler le fossé de genre en politique.

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