Giovanni Ouédraogo, ingénieur nucléaire : « La venue de la centrale nucléaire sera bénéfique pour notre pays »

Après avoir effectué une partie de ses études au Burkina Faso, Giovanni Ouédraogo a rejoint l’école centrale de Lyon où il a fait un master en Sol et Infrastructure dans le domaine du génie civil avant de se spécialiser dans les ouvrages de transport et de production d’énergie. Aujourd’hui ingénieur nucléaire, il a accepté de se prêter aux questions de Fsso7, le lundi 25 mars 2024. Les échanges ont principalement tourné vers la possibilité de construire une centrale nucléaire, l’apport de la diaspora et les dispositions pratiques pour la réalisation d’un tel projet.

Faso7 : Dans le milieu du nucléaire, on a souvent l’impression que c’est un domaine caché, réservé à une certaine classe. Vous qui êtes du domaine, est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur le nucléaire ?

Giovanni Ouédraogo (G.O) : Avant, on n’avait pas cette séparation entre le nucléaire civil et le nucléaire militaire. De toute façon, la première utilisation de l’énergie nucléaire a été pour la construction d’une bombe nucléaire pour la guerre. Et au fur et à mesure que les années sont passées, on est arrivé à comprendre que le nucléaire peut être une grande source d’énergie que l’on peut essayer d’utiliser pour alimenter nos différents pays en matière d’énergie. À partir de ce postulat, on a créé ce qu’on appelle le nucléaire civil.

« Actuellement, on est plutôt dans une démarche de préparation, d’étude de faisabilité» (Giovanni Ouédraogo, ingénieur nucléaire) -©Faso7

Et le nucléaire civil va regrouper tout ce qui est nucléaire de manière classique, tout ce qui est nucléaire dans le domaine de la  médecine, tout ce qui est nucléaire dans le domaine de l’agriculture. Donc aujourd’hui, ce n’est pas un domaine qui est fermé en tant que tel. C’est un domaine plutôt ouvert. On a tendance à attirer un maximum de monde, parce qu’il y a ce sentiment d’être un domaine fermé, mais en réalité non. Ce n’est pas un domaine fermé, c’est un domaine qui est ouvert à tous. Tout le monde peut y avoir accès, ça demande juste un certain nombre de processus et de moyens financiers à mettre en place pour y arriver.

Faso7 : Actuellement, on parle de plus en plus de nucléaire au Burkina, que pensez-vous de cette ambition de nos autorités ?

G.O : De prime à bord, je pense que c’est une bonne chose. C’est une bonne chose qu’on puisse y penser. C’est une bonne chose qu’on souhaite avoir accès à l’énergie nucléaire. Le nucléaire est une énergie stable et viable. C’est une source d’énergie qu’on peut produire 24h/24 et 365 jours/365 jours. Contrairement aux énergies intermittentes qui ne sont disponibles que durant certaines plages horaires de la journée, l’énergie nucléaire n’est pas dans cette problématique-là. Il peut être exploité à tout moment et à notre convenance. Donc, du coup, je pense que dans un souci de développement, dans un souci d’industrialisation de nos pays, il est important qu’on puisse penser à cette source d’énergie stable et qui est très rentable par rapport aux autres énergies. Donc moi, je pense que c’est une belle chose qu’on veut équilibrer l’énergie nucléaire.

FASO7 : Est-ce que les pays l’AES sont prêts pour accueillir cette technologie ? 

G.O : Pour une question de préparation, je pense qu’avoir accès à l’énergie nucléaire demande un certain nombre de préparations et il faut commencer quelque part. Il y a un certain nombre de licences, de certifications qu’on doit obtenir auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Cette agence-là est un petit peu le garant d’un certain nombre de mécanismes, de processus qu’on doit mettre en place en tant que pays pour avoir accès à l’énergie nucléaire. Et nos pays doivent respecter en quelque sorte cette feuille de route pour pouvoir avoir accès à l’énergie nucléaire. Ces processus se résument à quoi ?

« Il y a un besoin constant en termes d’énergie nucléaire » (Giovanni Ouédraogo, ingénieur nucléaire) -©Faso7

Ça sera de mettre en place des formations qui permettront de monter en compétences les acteurs burkinabè dans ce domaine, ça va être de mettre en place des mécanismes de sûreté nucléaire. La sûreté nucléaire, ça va être tout ce qui est mécanisme qui permettent de s’assurer qu’on utilise cette énergie de manière conventionnelle et que ça ne créera pas d’accidents environnementaux ou nucléaires. Donc c’est un certain nombre de processus qu’on doit respecter et je pense que c’est dans cette dynamique que nos pays-là s’y mettent.

FASO7 : A l’étape actuelle des choses, est-ce que l’évolution est satisfaisante pour arriver à cette énergie ?

G.O : Actuellement, on est plutôt dans une démarche de préparation, d’étude de faisabilité. Est-ce que le Burkina Faso est capable, est-ce qu’on a toutes les conditions sont réunies pour pouvoir avoir accès à l’énergie nucléaire ? Je pense que c’est l’une des premières étapes. Comme dans tout projet, on fait une étude de faisabilité qui nous permet de comprendre les paramètres qu’il faut pour pouvoir avoir accès à cette énergie. Et c’est la première phase à laquelle on est. Donc, je pense que petit à petit, dans les prochains jours, peut-être qu’il y aura une communication dans ce sens-là pour nous informer.

FASO7 : Comment fonctionne une centrale nucléaire ?

G.O : Tout part de la fission de l’atome d’uranium. La fission, c’est diviser en deux l’atome et cette division produit de l’énergie, une grande quantité de chaleur. Quand il y a cette fission en fait, c’est une réaction en chaîne. C’est une fission d’un premier atome qui libère d’autres atomes et des neutrons ; les neutrons vont encore aller casser d’autres atomes et ainsi de suite. Et on a une grande quantité de chaleur qui se produit. Cette quantité de chaleur sert à chauffer un liquide qui permettra de faire tourner les turbines et ce sont ces turbines-là qui nous fournirons de l’électricité.

Vidéo-Giovanni Ouédraogo parle de son envie d’aider son pays

FASO7 : Quelle est la durée de vie d’une centrale nucléaire ?

G.O : La durée de vie d’une centrale nucléaire varie de 50 à 60 ans actuellement. La variation dépend surtout de l’entretien que l’on en fait parce qu’une centrale nucléaire, il faut s’en occuper de manière constante, surveiller cette centrale, il faut veiller à ce que tout fonctionne correctement et quotidiennement. C’est vraiment un ensemble d’acteurs qui vont veiller au bon fonctionnement et aussi à l’entretien de cette centrale pour qu’elle puisse durer en temps et être sûre pour l’ensemble des populations et de l’environnement.

Faso7: Au regard du contexte marqué par la rareté des ressources, est-ce que c’est tenable pour le Burkina de se lancer dans la construction d’une centrale ?

G.O : Comme j’ai l’habitude de le dire, je pense que si on a des bateaux ou des sous-marins qui existent et qui fonctionnent à l’énergie nucléaire, je pense qu’à l’échelle d’un État, nous sommes capables de tenir un tel projet. On aura besoin certainement de la mobilisation des ressources, mais il y a des partenaires internationaux qui voudront investir dans des projets pareils dans nos régions parce que ça sera rentable de mettre en place des centrales nucléaires dans nos régions. Il y a un besoin constant en termes d’énergie nucléaire.

« Je pense que la venue de l’énergie nucléaire au Burkina Faso serait une très bonne chose pour la SONABEL » (Giovanni Ouédraogo, ingénieur nucléaire) -©Faso7

Et aussi comme je l’ai dit, on peut innover dans cette recherche de fonds en mettant en place des mécanismes qui inviteront la diaspora burkinabè ou toutes les personnes qui voudraient investir dans une centrale nucléaire. Ces mécanismes fonctionnent bien et je pense que, nous aussi, de notre côté, on a une forte diaspora qui existe à l’international qui travaille et qui est capable de faire venir des fonds quand même assez colossaux pour tenir ce type de projet. Donc, je n’ai aucun doute que le Burkina Faso en tant qu’État, détenteur de plusieurs ressources minières, puisse investir dans un projet pareil.

Faso7: Au regard des difficultés rencontrées par la SONABEL, faudrait-il pas réadapter le système du mixe énergétique ?

G.O : Moi, je pense que la venue de l’énergie nucléaire au Burkina Faso serait une très bonne chose pour la SONABEL parce qu’on viendra compléter le mixe énergétique déjà en place. Une centrale va permettre de réduire tout ce qui est question de délestage au Burkina Faso. Mais plus sérieusement, comme je l’ai dit, une centrale nucléaire nécessite un certain nombre d’aménagements. Il faudrait qu’on prépare notre réseau à recevoir une centrale nucléaire. C’est-à-dire, on va développer les liens de transport, développer la capacité de notre réseau à recevoir la puissance d’une centrale nucléaire. Oui, il y a cette nécessité-là d’évolution et d’amélioration de nos services du côté de la SONABEL.

« Ce n’est pas un domaine qui est fermé en tant que tel » (Giovanni Ouédraogo, ingénieur nucléaire) -©Faso7

Faso7: Vous qui êtes hors du Burkina Faso, quelle est votre appréciation sur les actions de lutte contre le terrorisme engagées par les autorités actuelles?

G.O : À l’heure actuelle, nous, on apprécie fortement comment la lutte, elle est engagée actuellement pour venir à bout de cette guerre. On voit qu’il y a un certain nombre de matériels qui sont achetés, qui sont mis en place pour lutter efficacement contre le terrorisme. Donc, nous, on salue l’ensemble de ces mesures et je pense qu’on est confiant. On fait confiance à nos autorités pour nous mener vers la stabilité, la paix au Burkina Faso.

Faso7: Quel est votre mot de fin

G.O : Comme je l’ai dit, je pense que l’énergie nucléaire, c’est un grand projet qui demande de grosses ressources, humaines, financières. C’est un projet qui demande une certaine préparation. Ça demande de l’anticipation. On ne peut pas se lancer sur la question du nucléaire comme on se lance dans un projet quelconque. Je pense qu’il faut du sérieux, il faut de la volonté et je pense qu’ensemble, tous les Burkinabè ensemble, que ça soit les Burkinabè présents au Burkina ou les Burkinabè de la diaspora, je pense qu’ensemble, on peut contribuer à ce que ce projet soit une réalité parce que la venue de la centrale nucléaire sera bénéfique pour notre pays.

Basile SAMA

Faso7

Articles similaires

Un commentaire

  1. Comment peut-on s’afficher ingénieur nucléaire et faire des déclarations aussi mensongères ! Aucun système de production d’électricité n’est disponible 24/365 : une centrale nucléaire classique est disponible 7 500 h/an, ce qui signifie qu’elle ne produit pas pendant 52 jours – contre 8 000 h/an pour une centrale à flamme.
    Que fait monsieur Ouédraogo des opérations de maintenance, de contrôle et de sécurité ? Sans même parler du temps de rechargement, ou du contrôle décennal qui peut durer des mois, voire une année.

    Tout dans cet article relevant du bavardage – ou de la propagande feutrée, à commencer par le commentaire provoqué par le journaliste sur la politique sécuritaire, lequel n’a rien à voir avec la question de l’électricité nucléaire –, je ne soulignerai que quelques aberrations.

    .1 Parler du nucléaire comme s’il se limitait à la technologie de la fission, sans évoquer la technologie de la fusion – énergie quasi renouvelable et sans risque majeur, dont le développement est en très bonne voie à l’horizon 2050 – est tendancieux pour un ingénieur qui est du domaine.
    Dans 30 ans, période durant laquelle il suffit d’investir dans des centrales à cycle combiné gaz-turbine, on disposera d’une source d’énergie qui éliminera la fission et tous ses risques d’accidents.
    Quand on a 30 ou 40 ans, on regarde devant, pas derrière !

    .2 Parler de centrales nucléaires sans distinguer les technologies et les générations revient à passer sous silence le fait que le projet envisagé au Burkina est un petit réacteur modulaire (SMR/AMR) de faible puissance (300 MW au maximum, alors que le besoin à la date de mise en service (5 à 7 ans de construction) pour atteindre la souveraineté électrique sera de plus de 1 500 MW).
    Conçu en appoint de systèmes plus puissants, ou pour propulser des navires, certaines puissances nucléaires les proposent aujourd’hui comme unités de production d’électricité. C’est purement anecdotiques, en aucun cas ces systèmes miniatures ne peuvent répondre aux besoins d’un système de production équilibré.
    L’enjeu n’est en aucun cas la production d’électricité.

    .3 Pour justifier de la construction d’une mini-centrale nucléaire au Burkina, y a-t-il comparaison plus absurde entre le moteur d’un navire, disposant en permanence d’une source de refroidissement, et une unité de production (refroidissement et vapeur) dans un espace où les ressources en eau sont rares, y compris sur la durée !
    Quel sera l’état des retenues en surface et des nappes phréatiques (rechargeables ou non) dans 20 ou 30 ans ?

    .4 Si statistiquement la durée de vie des centrales en activité est de l’ordre de 40 à 60 ans, du point de vue de la sécurité nucléaire, la durée de vie est de 10 ans renouvelables après chaque contrôle décennal.
    La durée de vie d’une centrale à flamme est du même ordre, sauf qu’il n’y a aucun risque d’interruption décennale.

    .5 Non, la construction d’un AMR – qui n’atteindra pas 300 MW – n’est pas la solution aux délestages de la SONABEL, ni dans le temps (5 à 7 ans minimum de construction), ni dans la quantité, ni même dans la stabilité du système de production.
    Malgré le retard pris depuis les années 2010, et sans tenir compte ici des contraintes écologiques, le nucléaire pas plus que le solaire ne sont des solutions pour répondre à la hausse de la demande en électricité sur la base d’un mix énergétique équilibré.
    La seule option est la construction (3 ans) de centrales à cycle combiné gaz-turbine, voire à charbon, ce que les pays qui vendent aujourd’hui de l’électricité au Burkina ont tous fait. De fait, le Burkina importe aujourd’hui de l’électricité fossile qu’il a refusé de produire sur place – et ainsi de construire une industrie gazière – à raison du mirage solaire vanté par les promoteurs des PPP à partir de 2015.
    Même s’il prêche pour sa chapelle nucléaire, monsieur Ouédraogo le sait parfaitement.

    .6 Outre ces aspects techniques, l’opportunité de construire une centrale nucléaire au Burkina dépend d’abord du modèle économique qui sera choisi, modèle qui est à comparer avec le modèle de technologies concurrentes – ce à quoi devrait s’employer votre journal, plutôt que de laisser votre journaliste commettre un article de complaisance.
    S’agissant de ce modèle économique, il y a des bases générales bien connues :
    – l’efficacité (thermique et électrique) d’une centrale à flamme est bien supérieure (40 à 60 %) à celle d’une centrale nucléaire (33 % en moyenne) ;
    – le rapport coûts fixes / coûts variables est beaucoup plus favorable aux centrales à flamme, un atout pour la flexibilité du système général ;
    – la réactivité (mise en route, montée en puissance) est aussi plus favorable aux centrales à flamme ;
    – la durée de construction d’une centrale nucléaire est au moins le double de celle d’une centrale à flamme ;
    – les frais annexes à la construction, notamment qualification des ressources humaines, sont beaucoup plus importants – et sur un temps long ;
    – le coût de construction d’une centrale nucléaire est lourd – au moins 1/3 du PIB du Burkina –, ce qui implique des charges financières importantes et durables.

    .7 Enfin, si la construction d’une centrale nucléaire doit être un acte de souveraineté, il n’y a pas mieux pour induire une dépendance vis-à-vis du fournisseur de cette centrale étant donné la sensibilité de la technologie et la nécessité de bénéficier sur le long terme de son assistance technique (pièces et ingénierie).
    Au pire, c’est le fournisseur de cette centrale qui en assure l’exploitation (format PPP), si bien qu’il dispose de la maîtrise d’une partie significative – voire stratégique – de la production d’électricité du pays acheteur.
    Acheter une centrale nucléaire, c’est un acte de sujétion, au minimum technologique…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page