Procès CGT-B contre Adama Siguiré : « J’ai pris parti pour mon pays » (Accusé)

Le jugement du dossier de la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B) contre l’écrivain professionnel Adama Siguiré, a repris ce lundi 4 mars 2024 dans la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouagadougou.

Le 26 février 2024, le tribunal avait mis le dossier en délibéré jusqu’à ce jour, sur la demande des avocats de l’accusé de surseoir à statuer, c’est-à-dire, suspendre temporairement les procédures judiciaires dans l’affaire.

En effet, lors de l’audience précédente, les avocats d’Adama Siguiré ont dénoncé le fait que l’acte de citation directe est faux et nul. Notons que la citation directe est un acte qui permet à une personne estimant être victime d’une infraction de convoquer directement l’auteur devant une juridiction répressive en passant par un huissier ou un tiers judiciaire assermenté.

Dans les faits, les avocats d’Adama Siguiré ont expliqué que le document a été remis à leur client en janvier 2024 par un juriste nommé Ousmane Ouangrawa, qui n’est pas assermenté, et non par l’huissier mentionné dans l’acte, du nom de Me Martin Nikiéma.

Ce 4 mars 2024, les avocats de l’accusé n’ont pas eu gain de cause face aux avocats de la CGT-B, après une demi-journée de débats sur la question. Le Tribunal a ordonné que le jugement se poursuive.

« J’ai pris parti pour mon pays »

La présidente du Tribunal a rappelé à Adama Siguiré qu’il est accusé d’avoir commis des actes diffamatoires à l’encontre de la CGT-B et de son secrétaire général, Moussa Diallo. L’accusé a dit ne pas reconnaître ces faits tout en confirmant qu’il est le propriétaire du compte Facebook « Adama Siguiré Officiel », sur lequel les présumées publications diffamatoires ont été publiées les 23, 24, 26 et 27 octobre 2023.

L’accusé a rappelé le contexte qui a prévalu à ses publications. Il a indiqué que vu la crise sécuritaire que traverse le Burkina Faso, il a pris la décision de communiquer pour sa Patrie et contre ceux qui découragent les soldats au front. « Moi Adama Amédé Siguiré, j’ai pris parti pour mon pays, pour ma nation. Nous sommes en guerre. Notre pays est en guerre. C’est dans ce contexte qu’une campagne de communication a été entreprise par la CGT-B. C’est eux qui ont commencé à communiquer pour décourager les soldats au front », a-t-il laissé entendre tout en soulignant qu’il a communiqué pour aller à l’encontre de la CGT-B.

Par ailleurs, l’accusé a souligné que ce qu’il a comme preuve, c’est le fait que les syndicalistes aient refusé de participer à l’appel à l’effort de guerre, lancé par les autorités et en entreprenant un meeting pour, dit-il, encourager à ne pas participer à l’effort de guerre et pour dénoncer la vie chère. Ceci démontre que la CGT-B avait des contacts avec l’impérialisme pour déstabiliser la Transition en cours, selon lui.

Adama Siguiré a aussi assumé ses dires selon lesquels la CGT-B fait la promotion de la paresse, de la fainéantise et de l’inconscience dans l’administration publique, et que c’est un syndicat excellent dans l’hypocrisie et la malhonnêteté. « Le pays est en guerre, vous êtes absents dans vos bureaux, c’est pas de la paresse ça ? (…) Nous sommes dans une situation de guerre, la CGTB a dit aux gens de ne pas contribuer, ça démontre l’inconscience », a-t-il argué.

Tout en définissant l’impérialisme comme « tous ceux qui rament à contre-courant », Adama Siguiré a dit n’avoir pas de preuve physique démontrant que les membres de CGT-B ont reçu de l’argent de la part de l’impérialisme. Cependant, l’on peut déduire que la CGT-B reçoit de l’argent de l’impérialisme sur la base de ses prises de position dans ce contexte de guerre, selon l’accusé.

Adama Siguiré a aussi reconnu avoir publié que la morale, la dignité et l’intégrité ne servent à rien pour la CGT-B. Cela se démontre toujours par le fait que les membres de la CGT-B, en tant que Burkinabè, refusent de participer à l’effort de guerre, selon lui.

En définitive, l’accusé a soutenu que pour lui, la démonstration fait état de preuve, car il est un logicien. Tout ce qui a été démontré ci-dessus était des prémisses de l’intention de la CGT-B de déstabiliser la Transition, selon Adama Siguiré.

« Le menteur reste toujours droit dans ses bottes »

Par ailleurs, l’accusé a dit être conforté dans sa position, du moment où la CGT-B n’a pas réagi à une publication de l’activiste Ibrahima Maïga, dans laquelle il a indiqué que la CGT-B a reçu des fonds de la part de l’impérialisme.

Le tribunal a donné la parole aux avocats de la CGT-B. Me Prosper Farama, avocat de la CGT-B, a fait une mise au point pour dire que le meeting n’a pas été convoqué par la CGT-B, mais plutôt par 12 de ses organisations membres, afin de commémorer l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et interpeller l’autorité sur des questions d’intérêt national relatives à la vie chère, aux violations des libertés individuelles et collectives, aux disparitions et enlèvements forcés.

L’avocat a ensuite rappelé que Adama Siguiré a affirmé qu’un travailleur de la fonction publique membre de la CGT-B l’a assuré que les leaders de la CGT-B étaient en contact avec des impérialistes et qu’ils ont reçu de l’argent de l’impérialisme et que des contrats tacites ont été signés entre les parties. L’accusé a refusé d’en dire plus sur celui qui lui a informé. « La personne qui m’a appelé là, ce n’est pas son procès ! Le jour où la CGT-B va trouver la personne là, elle va lui demander », a-t-il laissé entendre.

Me Prosper Farama a déduit que l’accusé raconte des mensonges, vu qu’il n’est pas capable de dire qui l’a informé. « Le menteur reste toujours droit dans ses bottes. On n’est plus menteur à partir du moment où on amène la preuve de ce qu’on dit », a-t-il laissé entendre.

L’avocat de la CGT-B a aussi précisé que son client a intenté une action en justice contre l’activiste Ibrahima Maïga et d’autres, contrairement à ce qu’a déclaré l’accusé. Étant donné que l’accusé s’exprimait en permanence en haussant le ton, une pause a été marquée afin qu’il s’entretienne avec ses avocats.

Par la suite, Me Ambroise Farama, un autre avocat de la partie civile a rappelé une des déclarations de l’accusé qui a dit que Moussa Diallo, Secrétaire général de la CGT-B, a reçu « la cagnotte » de l’impérialisme en présence de l’activiste Ibrahima Maïga. L’accusé l’a reconnu tout en précisant qu’il ne connaît ni le montant, ni le moment et ni le lieu de la réception de la somme. Il a ajouté que l’activiste Ibrahima Maïga n’est pas lié à l’impérialisme.

« Après ce procès, la CGT-B et ses dirigeants vont présenter des excuses aux Burkinabè »

À son tour, le procureur a d’abord exprimé sa compassion pour l’accusé qui a perdu sa grand-mère dans une attaque terroriste dans son village à Koumbri. Par la suite, le parquet lui a signifié qu’en matière pénale, il importe qu’il établisse les preuves de ce qu’il a publié sur la CGT-B. L’accusé a insisté sur le fait que ses démonstrations tiennent lieu de preuves.

Poursuivant, le procureur s’est interrogé sur le fait que l’accusé ne veuille pas en dire plus sur le travailleur de la fonction publique qui lui a dit que la CGT-B est en rapport avec l’impérialisme.

Le tribunal a attiré l’attention de l’accusé pour lui faire comprendre que le droit a son raisonnement à part entière fonctionne sur la base des preuves. Adama Siguiré a encore insisté ne pas avoir d’autres preuves. « Je n’ai pas d’autres preuves à part les démonstrations que j’ai faites », a-t-il déclaré.

Les avocats de la CGT-B représentants Moussa Diallo, Secrétaire général de la CGT-B, dans ce procès se sont prêtés aux questions de ceux de la Défense, mais ceux-ci n’en avaient pas. Toutefois, Me Ahmed Mamane a souligné qu’en matière pénale, on peut prouver par tout moyen. « Après ce procès, la CGT-B et ses dirigeants vont présenter des excuses aux Burkinabè, vont présenter des excuses à leur Nation et revenir dans le rang des patriotes pour défendre les intérêts et les idéaux de la république », a-t-il ajouté.

Cette étape a marqué la fin des débats. Le dossier a été renvoyé au mardi 26 mars 2024 pour la poursuite du jugement avec la phase des plaidoiries.

Josué TIENDREBEOGO

Faso7

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