Bassolma Bazié : « Je ne suis pas accroché à un fauteuil »

Invité à prendre la parole lors de la cérémonie d’ouverture du congrès du Syndicat national des travailleurs de l’administration des Douanes (SYNATRAD), Bassolma Bazié ancien secrétaire général de la Confédération générale de travail Burkina (CGTB) et actuel ministre en charge de la fonction publique, a rassuré ses anciens camarades de lutte sur sa fidélité à son éducation et aux valeurs à travers lesquelles il a toujours été connu.

« C’est pendant les moments difficiles d’un homme que tu arrives à comprendre et à connaître les piliers sur lesquels vous pouvez vous appuyer pour demeurer homme », a laissé entendre l’actuel ministre en charge de la fonction publique à l’entame de son propos, en faisant référence au soutien dont il a bénéficié de la part du SYNATRAD au moment de ses luttes syndicales.

Pour Bassolma Bazié, on s’engage dans une organisation syndicale en étant non seulement majeur, mais en ayant surtout une éducation et un attachement à des valeurs déjà adoptées. Ce n’est pas au sein de l’organisation syndicale qu’on acquiert ses ressources. Ainsi, pour celui qu’on appelle toujours ‘’Général’’ même en Conseil des ministres, selon lui, s’il arrivait qu’un responsable syndical soit appelé à d’autres responsabilités, « même au poste politique », il doit en principe garder son éducation d’antan et défendre les mêmes valeurs qu’il défendait au moment de son engagement dans le mouvement syndical.

« Au niveau du gouvernement, il y a certains ministres jusqu’au président qui ne m’appellent pas ministre d’Etat. On ne m’appelle pas par le nom, même en Conseil des ministres, Bassolma. On m’appelle ‘’Général’’. Je n’ai pas demandé à être appelé ‘’Général’’. Ce sont les travailleurs, sur la base d’un certain nombre d’éléments, estiment que Bassolma peut être appelé général », a rappelé l’ancien leader syndical.

A l’entendre, en faisant cette piqûre de rappel, c’est pour rassurer ses anciens camarades de lutte que sa présence dans un gouvernement ne peut pas ébranler l’éducation avec laquelle il s’était engagé à défendre les droits des travailleurs.

« Le fait d’être dans un gouvernement, si je fais ce qui est opposé aux valeurs que je défendais, c’est que je ne suis pas venu dans le mouvement syndical avec une éducation de qualité. Et ceux qui sont dans le gouvernement savent. Je le dis et je le répète, que si vous posez des actes qui vont à l’encontre de ces valeurs, je vais réagir », a-t-il poursuivi.

L’IUTS dont le mouvement syndical ne parle plus

Évoquant les luttes menées par le mouvement syndical contre l’élargissement de l’IUTS sur les primes et indemnités des travailleursBassolma Bazié dit n’avoir jamais changé de langage à ce sujet, même étant au sein du gouvernement.

« Demandez à l’ensemble des membres du gouvernement, je n’ai pas changé de propos. Je leur ai dit que l’annulation de l’IUTS sur les primes et indemnités des travailleurs du public et du privé, est une question non négociable à mon niveau. Je ne peux pas mettre un couteau sur le cou de quelqu’un pour le faire, mais c’est pour dire que je n’ai pas changé de position sur cette revendication », a-t-il indiqué.

Selon l’actuel ministre, il a senti de la « douleur » lorsqu’il a pris la tête du ministère en charge de la fonction publique et que dans les plateformes revendicatives des travailleurs qui lui étaient adressées, la requête en lien avec l’annulation de l’IUTS sur les primes et indemnités ne figurait pas. Pour lui, en ne mentionnant pas cette requête dans leurs plateformes revendicatives, les travailleurs, notamment ses anciens compagnons de lutte, donnent raison aux personnes qui estimaient que la lutte contre l’élargissement de l’IUTS sur les primes et indemnités était une lutte de « Bassolma Bazié » et non, une lutte de l’ensemble des travailleurs burkinabè.

« Les papiers que vous allez envoyer, il faut que ça soit inscrit ‘’annulation de l’IUTS sur les primes et indemnités’’ pour qu’on ne dise pas que c’est une revendication de Bassolma. (…) Je ne demande pas à ce que vous m’accompagnez. Je demande tout simplement de l’écrire pour que je puisse montrer à qui de droit que ce n’est pas un truc inventé par Bassolma (…) et laissez-moi, je vais faire le travail », a lancé l’ancien secrétaire général de la CGT-B sous l’ovation de l’assistance composée majoritairement de militants du SYNATRAD.

‘’Le Général’’ devenu ministre a aussi rappelé qu’il a exigé et obtenu du gouvernement, la restitution des salaires des travailleurs abusivement coupés et les décorations injustement arrachées à des travailleurs.

La relecture du Code du travail ‘’esclavagiste’’

Après sa nomination au ministère en charge de la fonction publique après le coup d’Etat mené par le lieutenant-colonel Sandaogo Damiba, Bassolma Bazié avait entrepris la relecture du Code du travail burkinabè. Pour lui, le code en question est un « Code du travail esclavagiste ». Et si la relecture n’est pas intervenue jusqu’aujourd’hui, cela est lié à plusieurs raisons.

« Quand nous sommes arrivés, nous avons bataillé. J’ai transmis le code du travail, le 25 septembre au ministère de la Justice. C’est lui qui est chargé de transmettre à l’Assemblée législative de transition (ALT). Quand il y a eu le putsch le 30 (septembre), j’ai été renommé le 25 octobre. Deux semaines plus tard, je demande à ma collègue où se trouve le projet (…) est-ce que ça est à l’ALT ? A ma grande surprise, elle me dit que dès lors qu’il y a eu le putsch, le 4 octobre, le code du travail a été ramené au ministère de la fonction publique. J’appelle celui qui était habilité à le recevoir, il dit qu’il n’était pas au courant. C’est un sous-directeur qui l’a reçu en tant que travailleur. Quand je dis que ce sont les travailleurs qui luttent contre leurs propres intérêts, c’est ça », a-t-il relaté.

A en croire le ministre, après cette première tentative échouée, lui et son équipe ont changé les visas du Code du travail avant de le remettre au ministère chargé de la justice une fois de plus pour qu’il soit transmis à l’ALT. Malheureusement, quelques jours après transmission du Code du travail à l’ALT, il dit avoir reçu une correspondance du Premier ministre Me Apollinaire Kyèlem indiquant que le mouvement syndical et le patronat burkinabè mettent en cause le non-respect de la procédure dans l’envoi du code.

« J’ai emmené la direction générale du travail. J’ai emmené le COTEVAL (Comité technique d’évaluation des avant-projets de loi, NDLR). J’ai emmené L’agent judiciaire de l’Etat. J’ai emmené le Conseil supérieur de la magistrature. Devant l’actuel Premier ministre, on a fait la démonstration, il tombe à la renverse. Malgré tout que j’ai fait cette démonstration, des gens ont travaillé pour que le Code du travail qui était à l’ALT pour être analysé, a été retiré. J’ai dit au niveau du ministère, si ça quitte l’ALT, celui qui reçoit ça au ministère, il part. Si vous voulez recevoir, bataillez pour que Bassolma parte, après vous pouvez recevoir. Comme je sais que le pays aussi est habitué à des coups d’Etat, il se peut que je parte demain. Ce n’est pas grave. Mais si je reviens, ça sera la même chose », a martelé Bassolma Bazié.

Je ne vis pas du sang des autres

Toujours sur le code du travail, le ministre en charge de la fonction publique qui a lui-même démissionné de la fonction publique et qui dit évoluer désormais dans le secteur privé, dit être farouchement opposé  à l’exploitation des travailleurs avec la bénédiction d’un Code du travail inadapté.

« J’ai dit au patronat que moi, j’ai démissionné de la fonction publique. Voilà ma carte de commerçant. Je suis maintenant dans le monde privé. J’ai un bureau d’étude. S’il y a un Code du travail qui permet d’exploiter les agents qu’on emploie pour avoir des bénéfices, moi aussi, je suis intéressé en tant que patron, mais je ne vis pas du sang des autres. Il n’est pas question qu’on ait un Code du travail où on renouvelle N fois le contrat à durée déterminée. Il n’est pas question qu’on ait un Code du travail où on limite les dommages et intérêts en cas de licenciement abusif. (…) Ça m’étonne qu’un patronat puisse aller s’allier à des organisations syndicales pour retirer un Code du travail de l’assemblée. Moi, je suis déçu. Il faut que ça s’arrête », a-t-il exhorté.

Le ministre Bassolma Bazié a saisi cette occasion pour faire une requête auprès de son ancienne maison, le mouvement syndical.

« Je n’ai pas changé de cerveau. Je demande une chose au mouvement syndical. Je ne demande pas d’accompagnement. Je demande qu’on ne m’empêche pas de travailler. Si vous avez une revendication à porter et que je la porte, ne soyez pas des failles pour que je ne puisse pas la mettre en œuvre. Laissez-moi travailler », a-t-il exhorté.

Toujours attaché à son éducation…

Avant de clore son propos, il a à nouveau rassuré ses anciens camarades de lutte sur sa fidélité aux valeurs à travers lesquelles il a toujours été connu.

« Je suis venu au mouvement syndical avec une éducation. C’est la même éducation que je continue d’appliquer dans un gouvernement. Si j’applique, à l’instant T, si on dit que ce que j’ai dit ne convient pas, je pars. Je ne suis pas né avec un fauteuil. Je ne suis pas accroché à un fauteuil. Il faut que ça soit clair », a conclu le ‘’Général’’.

Nommé ministre en charge de la fonction publique le 5 mars 2022 par l’ancien Premier ministre Albert OuédraogoBassolma Bazié est l’un des ‘’cinq rescapés des naufragés du MPSR1’’ repêché par le ‘’Capitaine de Tambèla’’ .

Avant sa nomination en tant que ministre, Bassolma Bazié a dirigé la Confédération générale du travail Burkina (CGT-B) pendant huit ans avant de passer la main à Moussa Diallo en fin novembre 2021.

Amadou ZEBA

Faso7

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