[Tribune] – Union Européenne : Toujours solidaire avec le peuple burkinabè

Ceci est une tribune de Janez LENARČIČ, Commissaire européen pour la gestion des crises.


Mon mandat de Commissaire européen en charge de l’aide humanitaire m’a ramené la semaine dernière à Ouagadougou, deux ans après ma dernière visite officielle, alors que le Burkina Faso traverse une période particulièrement difficile d’un point de vue politique et sécuritaire et continue de faire face à d’immenses défis humanitaires.

Mes fonctions de Commissaire consistent à piloter les services de la Commission européenne – ECHO – le deuxième donateur humanitaire mondial — et à me faire le porte-voix des populations dans le besoin, où qu’elles se trouvent dans le monde. Je m’engage politiquement à chaque fois que nécessaire pour convaincre la Communauté internationale de mieux répondre aux souffrances des populations et pour discuter avec les autorités des pays concernés de la nécessité de protéger les populations civiles, de faciliter le travail des humanitaires mais aussi de la possibilité de traiter les causes structurelles de ces besoins.

Nous avons plusieurs fois augmenté notre aide humanitaire pour répondre au maximum de besoins

Composante des relations extérieures de l’Union européenne, l’action humanitaire est fondée sur des principes fondamentaux particuliers qui sont l’humanité, la neutralité, l’impartialité et l’indépendance. Les États membres de l’Union confient à la Commission européenne un budget annuel que ECHO, sous ma direction, met en œuvre dans le monde dans la plus stricte application de ces principes. L’aide humanitaire ne prend pas partie, elle ne fait que répondre aux besoins.

Jamais depuis la création de la politique humanitaire de l’UE, les besoins dans le monde n’ont été aussi importants, aggravés chaque jour par la violence, l’instabilité, les désastres naturels causés par le changement climatique, les pandémies et aujourd’hui par un contexte géopolitique international qui occasionne une crise alimentaire mondiale sans précédent et impacte directement les populations les plus vulnérables dans le monde, en particulier en Afrique.

L’Europe n’est pas épargnée par ce contexte géopolitique. L’agression de la Russie contre l’Ukraine a des conséquences économiques majeures pour l’Europe et a entrainé des déplacements de populations et des besoins humanitaires énormes. Néanmoins, l’Europe ne s’est pas détournée du monde et ne se concentre pas uniquement sur elle-même et son voisinage immédiat – l’impression qu’on peut se donner à l’heure où la désinformation fait rage sur les réseaux sociaux.

L’Union européenne est sous une pression économique, budgétaire et politique inédite depuis la seconde guerre mondiale mais elle n’oublie en aucun cas les populations en souffrance dans le reste du monde : le budget européen d’aide humanitaire n’a pas diminué, il a au contraire augmenté, globalement, pour l’Afrique et pour le Burkina Faso.

Humanitarian staff unload food supplies in Sebba, on November 11, 2022.

Je suis à nouveau venu à Ouagadougou pour garantir aux citoyens Burkinabè que la solidarité de l’Union européenne ne faiblira pas. Si les crises politiques, l’interruption des processus démocratiques et le non-respect de certaines valeurs et principes peuvent impacter notre coopération directe avec les gouvernements, l’aide humanitaire demeure, fondée uniquement sur les besoins.

J’avais entendu lors de ma première visite les témoignages des personnes déplacées à Kaya et constaté l’impact des conditions climatiques sur les récoltes et le bétail et l’impact des violences, qui tuent des innocents mais empêchent également l’accès aux terres, perturbent le fonctionnement des marchés et forcent à la fermeture des centres de santé et des écoles.

Depuis cette visite, nous avons plusieurs fois augmenté notre aide humanitaire pour répondre au maximum de besoins et nous n’avons eu de cesse d’appeler au dialogue, au respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme mais aussi au retour de l’État et des services sociaux au bénéfice de tous et sur l’ensemble du territoire. Nous avons également appelé la Communauté internationale à se mobiliser : j’ai tenu à organiser dès le mois d’avril une conférence des donateurs au bénéfice du Sahel, y compris le Burkina Faso. Cette conférence a mobilisé au total presque 1.6 milliards d’euros, dont presque EUR 1 milliard d’aide de l’Union européenne et ses États membres ensemble pour le Sahel central.

Je suis certain que le Burkina Faso dispose des qualités et de la force nécessaires pour surmonter tous ces défis

Cette fois, je suis venu pour réaffirmer notre engagement et échanger avec vos autorités. Car la situation s’est encore dramatiquement détériorée : près de 5 millions de Burkinabè ont besoin d’assistance humanitaire. Plus de 1,7 millions de personnes ont été forcées de fuir leurs villages. Des centaines de milliers de femmes, d’enfants et d’hommes n’ont plus accès à la nourriture et aux services essentiels car leurs localités sont isolées à Djibo, Titao, Pama et dans bien d’autres localités. Le risque de famine est devenu aujourd’hui une réalité.

L’aide humanitaire de l’Union européenne au Burkina Faso a déjà plus que doublé depuis le début de l’année et s’élève aujourd’hui à plus de 32 milliards de francs CFA. Nous avons mobiliser 2.5 millions d’euros supplémentaires pour le Burkina Faso, soit un total de plus de 52 millions d’euros (près de 34 milliards de F CFA) pour 2022.  Ces fonds ne seront jamais suffisants pour répondre à tous les besoins mais ils seront dédiés aux besoins vitaux les plus urgents : nourriture, abris, soins de santé, éducation et accès à l’eau potable. L’UE répond également à l’urgence des zones enclavées par la mobilisation de moyens aériens permettant d’acheminer des vivres et des biens essentiels. Je me suis entretenu avec les nouvelles autorités pour faciliter l’acheminement de l’aide auprès de toutes les personnes ayant besoin d’aide humanitaire, où qu’elles soient, protéger les civils, garantir la cohésion nationale et répondre aux causes structurelles de cette crise.

Je suis certain que le Burkina Faso dispose des qualités et de la force nécessaires pour surmonter tous ces défis et je tiens à exprimer mon admiration à tous ceux qui, au quotidien, font preuve de solidarité : le peuple Burkinabè qui fait face et trouve encore les ressources pour héberger des millions de personnes déplacées, malgré toutes les difficultés, et tous les acteurs humanitaires, burkinabè ou étrangers, qui risquent leur vie pour alléger les souffrances des plus vulnérables. J’invite toutes les parties au conflit à faciliter leur accès aux populations dans le besoin, en toutes circonstances et dans toutes les zones affectées par la crise.

L’Union européenne se tient aux côtés du peuple burkinabè.

Par Janez LENARČIČ,

Commissaire européen pour la gestion des crises

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page