[Tribune] Réseaux sociaux au Burkina Faso : Liberté d’expression ou liberté de pollution ?

Ce texte est une tribune de Wend-Panga Aton ILBOUDO, sur la jouissance du droit à la liberté d’opinion au Burkina Faso, via les réseaux sociaux. Pour lui, cette liberté d’expression s’érige progressivement en « liberté de pollution » et mine davantage le vivre ensemble, la cohésion sociale et la paix. Il interpelle par ailleurs « les autorités et structures compétentes de régulation et de répression à jouer convenablement leur partition en mettant fin à ces attitudes liberticides qui sapent les multiples efforts de paix et de concorde pour notre chère patrie en danger ». Lisez plutôt !

Les facilités de communication qu’offrent les réseaux sociaux devraient constituer une opportunité de développement et d’amélioration de nos conditions vie au quotidien. Hélas ! c’est plutôt l’outil par excellente pour le dénigrement, le mensonge, la calomnie, bref la destruction.

A l’exemple, Le Reporter du 1er au 14 novembre 2022, a publié son article sur la déclaration de biens des membres du gouvernement du Premier ministre Albert OUEDRAOGO, à l’entrée de leur fonction. Le journal d’investigation précise que chaque ministre, selon la loi, a déposé ses formulaires de déclaration d’intérêt et de patrimoine dûment remplis au Conseil constitutionnel. 

Hé hop, c’est parti ! Certaines presses qui n’existent que sur Facebook et dans les groupes WhatsApp s’en saisissent et inondent la toile avec la mention « URGENT ». Après avoir pris le soin de mettre en berne l’éthique et la déontologie, elles changent le titre « Déclaration de biens » en « BURKINA-GOUVERNANCE : Le patrimoine audité de certains ministres de Damiba après 8 mois de Transition ». Ainsi, sans morale du bon citoyen, on transforme ces déclarations de patrimoine en résultats de l’audit de l’Autorité Supérieure de Contrôle d’Etat et de Lutte contre la Corruption (ASCE-LC).

Quelle confusion peut-il exister entre déclaration initiale de patrimoine à la prise de fonction et résultat d’audit de gestion de l’ASCE-LC ? Aucune. Alors, à quel objectif répond cette manipulation de l’information ?  Quelle raison justifie un tel acte ? 

Par conséquent, certains citoyens qui consomment comme du pain béni de communion d’église, toute denrée informative émanant du web, appellent à la saisie des biens de ces derniers et leur redistribution au profit des VDP et de nos concitoyens victimes de terrorisme qu’on appelle Personnes déplacées internes (PDI). D’autres, experts en manipulation et intoxication, vont plus loin en incitant à la violence et à la haine envers ces ministres et leur patrimoine.

Déjà, le communiqué de l’ASCE-LC qui apporte un démenti formel sur cette affaire est à saluer. Cependant, elle pourrait aller au-delà de simple communiqué pour faire situer la responsabilité de toute information ou tout rapport qu’on lui attribue la paternité. Le management par l’exemple que recommande le gouvernement de la Transition recommande aussi que les institutions incriminées donnent l’exemple en faisant payer les initiateurs, les relais voire les commanditaires de ces actes, conformément à la réglementation en vigueur au pays des hommes intègres.

Cette prestigieuse institution joue sa crédibilité en laissant tout quidam utiliser son nom et son image à des fins personnels et servir des intérêts égoïstes. A force de laisser passer, on n’arrivera plus à faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. C’est pourquoi nous félicitons l’ASCE-LC qui invite les honnêtes citoyens à la vigilance face à « ces informations malveillantes quel que soit le support de communication utilisé pour leurs diffusions ».

Quant à la Brigade Centrale de Lutte contre la Cybercriminalité (BCLCC), elle fait déjà un boulot formidable. Mais comme on le dit dans certains milieux, « c’est bon mais ce n’est pas arrivé ». Elle doit passer à la vitesse supérieure. Les audios mensongers et haineux qui circulent dans nos téléphones doivent avoir des répondants et des responsables. Avec ou sans dénonciation, j’invite la BCLCC à se saisir des cas qui jettent à la vindicte populaire des honnêtes citoyens et minent notre cohésion sociale.

Les technologies de l’information et de la communication ont fait leur insurrection populaire et renversé les canaux et outils classiques de l’information et de la communication. Pire, avec le smartphone, c’est le coup d’Etat à tous les principes, à l’éthique et à la déontologie qui guident la production, la diffusion et la consommation de toute denrée informative. 

La responsabilité sociale, quant à elle, est prise en otage, sinon érigée en droit de polluer, au grand bonheur du tout permis avec impunité et sans dignité.

Les hommes et femmes de médias ayant perdu le monopole de l’information, tout citoyen avec son smartphone, s’érige en producteur, distributeur et auto-consommateur de sa propre information.

De laquelle information parle-t-on ? Celle qui est vraie et vérifiée ou celle fabriquée avec une volonté manifeste de nuire ou de construire ? Celle qui est juste et utile ou celle montée de toute pièce pour assurer une autosatisfaction ou servir la cause d’un commanditaire sournois ?

Depuis l’insurrection populaire de 2014 et surtout l’avènement des 2 coups d’Etat de janvier et septembre 2022, les denrées informatives qui pullulent sur les plateformes Facebook, WhatsApp, Telegram, etc. et inondent les mémoires des smartphones, ont pour la plupart, un dénominateur commun : la haine, le dénigrement et le mensonge. En témoignent les multiples plaintes et procès enregistrés dans les tribunaux.

De façon banale, souvent naïve, parfois insidieuse, un habitant met le feu de sa cité.

« Partagez, partagez, dès que vous recevez cet audio, partagez, partagez.

Dès que vous avez cette vidéo, partagez, partagez ».

Détenteur d’une parcelle de droit, celle qu’on nomme « Liberté d’expression », le Burkinabè de nos jours, friand des scoops ou du buzz a trouvé sa façon à lui de jouir de ce droit en le transformant en une « Liberté de pollution » en permanence.

Face à la menace commune actuelle que vivent tous les Burkinabè, nous devons nous ressaisir, sinon nous allons toucher le fond. Les autorités et structures compétentes de régulation et de répression sont interpellées. En synergie, elles doivent jouer convenablement leur partition en mettant fin à ces attitudes liberticides qui sapent les multiples efforts de paix et de concorde pour notre chère patrie en danger.

Wend-Panga Aton ILBOUDO

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