Cancer du sein : « La succion du mamelon par le mari ne peut pas vous protéger » (Pr Nayl Zongo)

Dans le cadre de la commémoration du « mois d’octobre rose 2022 », le mouvement Women in Global Health au Burkina Faso en partenariat avec le ministère chargé de la Santé, a organisé un panel sous le thème, « Cancer du sein : état des lieux au Burkina ». C’était ce 4 novembre 2022 à l’hôpital de Tengandogo.

Trois panélistes ont été invités pour se prononcer par rapport au thème donné. Il s’agit du Pr Nayl Zongo, chirurgien-oncologue, du Dr Nina Zerbo, médecin-oncologue et du Dr Natacha Bako, gynécologue-obstétricienne.

« Les femmes qui décèdent de cancer du sein, la majorité ont moins de 50 ans » (Dr Natacha Bako) -©Faso7

Pour introduire, le Dr Natacha Bako a présenté le cancer du sein comme étant la présence de cellules anormales qui se multiplient de façon anarchique au niveau des structures du sein sans contrôle de l’organisme.

« Dans le monde, en Afrique, en Europe, de manière globale, le cancer du sein constitue le premier cancer de la femme. Et particulièrement, au Burkina Faso, le cancer du sein constitue le deuxième cancer chez la femme et le premier, notamment au Burkina, c’est le cancer du col de l’utérus (…). Les femmes qui décèdent de cancer du sein, la majorité ont moins de 50 ans », a-t-elle expliqué.

Pour illustration, la panéliste a pris le cas de l’hôpital de Bogodogo qui a enregistré 300 nouveaux cas de cancer du sein entre octobre 2021 et octobre 2022, selon elle. À son tour, le Pr Nayl Zongo, a estimé à environ 8 000 le nombre de femmes burkinabè qui meurent du cancer du sein par an.

« Pour éviter de mourir du cancer du sein,  qu’est-ce qu’il faut faire ? »

Côté traitement, le Pr Nayl Zongo a fait savoir qu’il y a des contraintes géographiques et financières liées aux soins du cancer du sein. Contrainte géographique, parce que selon lui, les soins ne sont disponibles qu’à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso. Pour ce qui est de la contrainte financière, le Pr Nayl Zongo a indiqué que les soins contre le cancer du sein ont un coût élevé par rapport au revenu moyen des populations. « Les traitements qui paraissent le plus disponible, c’est bien sûr l’acte opératoire. L’acte opératoire est disponible pourquoi ? Les hôpitaux publics sont subventionsnés », a-t-il ajouté.

Pr Nayl Zongo (micro en main) au cours de la rencontre -©Faso7

Pour pallier ces contraintes, le Pr Nayl Zongo a préconisé le diagnostic précoce, car on ne peut pas éviter le cancer du sein, mais on peut éviter de mourir du cancer du sein, selon lui. « Un cancer du sein diagnostiqué tôt avant qu’il n’atteigne la taille de 1 centimètre, 2 centimètres, ça guérit à plus de 95 % des cas », a-t-il assuré.

Pour éviter de mourir du cancer du sein, qu’est-ce qu’il faut faire ? Dès que vous avez 20 ans, il faut commencer à examiner chaque mois, vos seins. Personne d’autre ne connaît vos seins mieux que vous-même. Dès que vous avez des anomalies que vous remarquez, il faut vous rendre tout de suite à l’hôpital.

Pas pour qu’on vous dise que avez le cancer du sein. C’est pour que le médecin vous examine, demande au besoin un autre examen pour s’assurer ou non que c’est un cancer et commencer tôt le traitement. Dès que vous avez 35 ans, vous n’allez plus vous contenter de l’auto examen ou l’auto palpation des seins.

Vous allez ajouter en plus de l’auto-examen que vous effectuez de façon mensuelle, un examen médical par un médecin qui sait examiner les seins, de façon annuelle dès que vous avez 35 ans. Dès que vous passez la barre de 40 ans (…) ça veut dire qu’il faut mettre l’accent entre 40 et 50 ans en faisant une mammographie tous les 3 ans.

Il ne faut pas attendre 50 ans pour faire la ponctuelle mammographie. (…) et à partir de 50, ça consiste à faire une mammographie tous les 2 ans

Pr Nayl Zongo

Par rapport aux coûts des diagnostics du cancer du sein, le Pr Nayl Zongo a fait savoir qu’ils s’élèvent à 35 000 F CFA dans les centres de santé privés et 15 000 F CFA dans le public. Des sommes qui, selon lui, ne sont pas accessibles à tous les Burkinabè.

Une vue des participants lors de la rencontre -©Faso7

De ce qui précède, le Pr Nayl Zongo a incité les participantes et participants au panel à s’inscrire dans la Coalition nationale des associations de lutte contre le cancer pour plus d’entraide et de mobilisation, afin d’élargir l’accès au diagnostic du cancer au Burkina Faso.

En perspective, le panéliste a annoncé que le lancement du film qui est censé mettre fin au cancer du col de l’utérus aura lieu le 17 novembre 2022 à 14 h au ciné Canal Olympia Ouaga 2000.

La succion des seins n’est pas un anti-cancer

Notons que dans la foulée, le Pr Nayl Zongo a aussi commenté l’idée selon laquelle la succion des seins de la femme par le mari ou le bébé permet de prévenir le cancer du sein. Il a fait comprendre que la succion n’est pas un anti-cancer, même s’il encourage les hommes à continuer.

« La succion du mamelon par le mari, de façon directe, ne peut pas vous protéger contre le cancer du sein. Mais de façon indirecte, c’est un anti-stress. Or, on sait que le stress est responsable de beaucoup de maladies. Le stress est un facteur de risque de plusieurs cancers. Parce que ça, (la succion des seins, ndlr) c’est un signe de proximité, c’est un signe d’affection de l’homme à sa femme », a-t-il précisé.

Josué TIENDREBEOGO

Faso7

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