Burkina Faso : 12 points essentiels sur la bonne gouvernance, selon Youssouf Savadogo

Ceci est une tribune de l’écrivain Youssouf Savadogo sur  la gouvernance au Burkina Faso.

La bonne gouvernance est un sujet enseigné, chanté et même véhiculé par les médias. Les pays africains en ont fait leur  cheval de bataille.  Et malgré tous ces efforts consentis pour le bien être de la gestion de la cité, l’Afrique demeure toujours le continent de la malgouvernance.

Cela se vit et se constate par les multiples mouvements d’humeur, des revendications par la rue, des insurrections populaires, des guerres civiles, des coups d’Etat, des élections contestées et hypothéquées à longueur d’années.  Mais à quand la stabilité ?

Au-delà de toutes les  définitions et même des grands concepts sur le sujet un impératif s’impose : il n’y a pas de bonne gouvernance sans un bon leadership. La qualité du leader détermine naturellement la qualité de la gouvernance.

La gouvernance étant donc un art, cela doit s’appliquer en premier lieu au leader.

Quel leader pour une bonne gouvernance ?

1- l’auto- gouvernance.

Celui qui gouverne  doit s’autogouverner. Cela prend naturellement en compte un certain nombre de paramètres.

Savoir être maître de soi-même.

Plusieurs leaders ont des difficultés à faire face à une responsabilité. Ils sont très souvent, instables, ballottant, hésitants, et manque de conviction. Il n’ont pas confiance en eux-mêmes. Comment voulez vous que de telles personnes apportent des solutions adéquates à ceux qui sont sous leur leadership ?

Savoir bien vivre, bien se gérer, se diriger soi-même sont les premiers signes du bon leadership.

Car personne ne peut donner ce qu’elle n’a pas.

« La charité bien ordonnée commence par soi même. »

Un leader discipliné pourrait discipliner ses hommes, son peuple, ses administrés etc.

Ce que nous faisons est le résultat de ce que nous sommes.

La qualité de l’arbre détermine la qualité du fruit.

Si nous sommes confrontés à une mauvaise gouvernance dans nos pays, cela est sans doute  dû à nos erreurs dans le choix qui nous conduit toujours à des regrets.

2- La vie familiale du leader.

Le choix d’un leader requiert un certain nombre de critères. Il faut que le leader soit un bon exemple.

L’exemplarité commence par lui même, celle de sa vie familiale.

Le leader qui aspire gouverner les autres doit savoir gérer sa famille. S’occuper de ses enfants,    éduquer ses enfants. Les tenir sur le droit chemin.

Pour ce faire, certains pays vont même mener des enquêtes sur la vie de l’homme.

Quelqu’un qui vit une instabilité conjugale ne saurait donner satisfaction en matière de gouvernance.

C’est sûr qu’à soixante pourcent une femme ou un homme qui manque d’équilibre dans son foyer, échouera à quel que niveau que ce soit.

3- L’intégrité.

Être intègre c’est agir avec honnêteté et respect. Quelqu’un dira que l’intégrité est une adhésion à des principes.

Si par définition le Burkina Faso, est le pays des hommes intègres, ce n’ pas le fruit du hasard. Nous avons besoin d’hommes intègres pour gouverner un peuple intègre.

Le bon leader est intègre. Il se contente de ce qui lui revient. Il ne pille pas ses administrés. Il les protège,  leur inculque aussi les valeurs de d’intégrité.

C’est sûr qu’il nous sera difficile de trouver un leader parfait.       Mon père avait l’habitude de me dire quand j’avais six ans :  mon fils l’homme imparfait ! Mais il y a des gens qui n’atteignent même pas le niveau minimal.

Cependant nous devons nous efforcer de donner le meilleur de nous-mêmes.

Puisse Dieu nous aider à trouver toujours des hommes intègres pour nous conduire.

4- La patience.

Si une longue attente fait périr  certains, pour d’autres, la patience est un chemin d’or.

Celui qui est patient pourrait boire le lait d’une vache stérile.

Il est fort évident que le leader, pour être bon, réussir son leadership, et répondre aux aspirations de son peuple se doit d’être patient.

Cela ne voudrait pas dire d’adopter la politique du laisser-aller.

Un homme  patient ou une femme patiente incarne une valeur inestimable. Savoir se taire, savoir répondre, savoir attendre le moment opportun. Car un leader qui refait à tout bout de champ ne manque pas de faire de grosses erreurs ; et souvent des erreurs irréparables.

5- L’information.

Il n’y a pas de bonne gouvernance sans  vraie information.

Celui qui a l’information a le pouvoir.

C’est dommage de voir certains leaders qui se contentent de siroter leur boisson chaude ou fraîche, sans se soucier de ce qui se passe réellement.

Le militaire parlera certainement de renseignements.

Peu importe, les Ivoiriens disent : c’est la même différence..

Le bon leader doit être  à l’affût des nouvelles.

Tous ceux qui se sont laissés berner par les conseillers de nom l’ont toujours  payé cher.                  Monsieur le Président, nous  maîtrisons la situation. Y’a foy! Dormez tranquille. Aucune mouche ne bouge. Hors toutes les mouches  bougent.

Au moment où vous vous rendrez compte le pire est consommé et c’est la débandade.

6- Un Homme de parole.        

Le leadership à tous les niveaux que ce soit connait des tares. Et la bonne gouvernance prend un coup dur.

Lorsque le leader parle, il oublie souvent que le peuple enregistre. Lorsque le leader est confirmé. Avec les occupations de la responsabilité, il es submergé, mais il oublie que le peuple n’est pas submergé, il se souvient des promesses. Il faut les tenir pour garder votre crédibilité.

Pour être efficace et honnête il faut avoir quelqu’un qui va vous les rappeler.

Une seule promesse non tenue  vaut une chute de notoriété à trente pourcent.

Nous disons toujours aux politiciens d’éviter les fausses promesses.

7- Avoir l’amour de son peuple.

Aimer son peuple nous conduit à la bonne gouvernance.

On ne peut pas gouverner un peuple qu’on n’aime pas.

Aimer son peuple, c’est se sacrifier pour son peuple. Être prêt pour le sacrifice ultime pour lui. Quel que soit le comportement des gens, on dépasse tout, et on se rend disponible.

L’amour couvre une multitude de péchés. Il pardonne tout .Il accepte tout. Il supporte tout !

L’être humain est ce qu’il est. Mais lorsque l’amour intervient tout devient facile.

On ne peut pas gouverner sans un minimum d’amour.

8- Les compétences. 

Une chose aussi importante dans la bonne gouvernance que nous ne pouvons pas nier c’est la compétence. On peut avoir une bonne vision, mais  pour la réaliser, il faut les valeurs.

Et les compétences constituent des valeurs qui aident à utiliser de bonnes stratégies pour une gouvernance adéquate.

Les qualités ci-dessus mentionnées doivent être couronnées par la compétence.

Ces aspects techniques manquent très souvent dans le choix de nos leaders.

Le bon leader met des hommes intègres et compétents aux postes et à la place qu’il faut.

J’ai beaucoup aimé et apprécié un homme politique de haut rang, en la personne de Salif Diallo. Ce homme avait l’art de dénicher les compétences cachées. Même s’il sait que l’intéressé ne partage pas son bord politique.

L’essentiel est que le travail soit bien fait.

Un bon leader doit s’entourer de femmes et d’hommes  capables de donner de bons résultats.

Quand bien même on n’aime pas quelqu’un, reconnaissons son mérite. A certaines  personnes qui nous ont rendu service, trouvons d’autres moyens de les récompenser s’il le faut et confions le travail à ceux qui sont  capables.

La réussite de notre gouvernance en dépend.

9- Le management.

Cette technique d’organisation et de gestion des entreprises, est aussi valable dans la gestion des hommes.

Elle permet aux leaders de comprendre que gouverner ce n’est pas dominer, assujettir , terroriser,se faire servir.

Les rudiments du management ouvrent les yeux des leaders sur l’évolution des époques,des mentalités afin d’en  tenir compte dans la gestion du pouvoir.

La dictature faisait  loi  à une certaine époque. Avec la génération montante,il faut manager. Il faut négocier. Il faut faire souvent des concessions afin d’aboutir à une gouvernance appropriée.

Les populations en ce vingtième siècle  nous présentent quatre vingt pour cent de jeunes, dont le coefficient intellectuel est très élevé.

Peuple intelligent, peuple avisé, peuple indomptable. Il faut manager sinon la gouvernance sera rude.

10- Les actions.               

Les discours servent d’orientation . Beaucoup de leaders prennent beaucoup de temps à parler qu’à travailler.

Cela rend la gouvernance tâtonnante et médiocre.  Or les populations attendent plus de résultats que de théorie.

Nous contactons  que beaucoup de politiciens sont plus  aptes dans les discours. Vous les mettez au pied du mur, la mise en application devient difficile.

Les actes doivent être joints aux paroles.

Élaborer un plan d’action, et un programme est une étape déterminante dans la bonne gouvernance.

Mais la réalisation de ce plan d’action est plus concluante.

En conséquence, un leader qui veut de bon résultats dans sa gestion parle peu, écoute plus et travaille beaucoup.

11 – La sensibilisation.

Afin d’aboutir à une bonne gouvernance, comme nous l’avons tant voulu, les leaders doivent comprendre qu’un pourcentage non négligeable de nos populations est illettré.

Pour ce faire, tout bon fonctionnement des institutions de l’Etat, passerait nécessairement par la sensibilisation.

Nous sommes des peuples africains issus d’une culture, qui constitue toute une littérature que les peuples croient et vivent.

Certains paramètres de cette culture peuvent d’une manière ou d’une autre être en déphasage, ou en conflit avec la nouvelle forme de gouvernance.

La répression doit être le dernier recours. Autrement dit nos leaders seront toujours face à un peuple révolté parce qu’il ne comprend pas. Il croirait qu’on veut lui faire la force.

12- La reconnaissance.      

Tout être humain a besoin d’encouragement. Reconnaître le mérite des travailleurs et de tous ceux qui se battent pour la défense et la sécurité des biens des ressources financières galvanise la volonté de ceux-ci.

Cette reconnaissance peut être sanctionnée par une décoration, une attestation, etc.

Nous devons éviter les décorations fantaisistes et de complaisance. Rendre honneur à ceux qui  y ont droit.

Cela évitera aussi les frustrations qui minent le vivre ensemble et au finish la gouvernance en tirera grand profit.

Youssouf Savadogo,

Ecrivain

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