« Ma Première lettre : Tu n’es pas Sankara, tu es Traoré » (Adama Davy Soma)

Ceci est une tribune d’Adama Davy Soma, Journaliste, poète.


Bonjour mon Capitaine,

Permettez-moi ma liberté de ton pour vous adresser quelques mots de manière familière.

Hier a été une journée historique pour toi.

Si historique que aujourd’hui n’a plus rien à voir avec hier.

Je dis cela parce que, je suis sûr, tu n’as pas dormi comme tu le fais d’habitude.

Tu portes sur tes épaules, désormais, le poids des millions d’âmes que nous constituons.

Oui, sur tes épaules, tu portes notre poids.

Chaque Burkinabè a un poids multidimensionnel:

Le poids de la médisance, le poids de l’intolérance, le poids de la critique acerbe mais aussi le poids de la confiance.

Ce dernier, le poids de la confiance, pèse actuellement le plus sur la balance. Oui, nous avons bourré ton compte avec le crédit de la confiance.

Pas une confiance aveugle mais une confiance nourrie par l’espoir d’un peuple à genoux.

Et vous savez, comme on le dit, l’espoir fait vivre!

Et s’il ne fait pas vivre, il empêche tout de même de mourir.

Notre espoir, nous l’avons logé en tes mains.

Le fil est mince et semble être accroché à un dernier point : toi, mon Capitaine.

Le danger avec ce type d’espoir, c’est qu’il imprime une exigence et, de ce fait, vous prive de la liberté de réussir ou d’échouer. Non, la réussite est OBLIGATOIRE. Pourquoi ?

Parce qu’un homme sans aucun espoir, n’a plus rien à perdre, qu’il meure ou qu’il vive. Et cet homme-là est capable du pire.

Je sais que tu penses bien à cela et à ce qu’il te faudra faire pour ne pas créer ce monstre dormant en chaque humain dans la situation que traverse notre pays (nous, nos parents, nos amis…).

Capitaine, un 14 octobre tu as revêtu pleinement la même armure que celui dont nous regrettons encore la mort tragique en cet autre 15 octobre : Thomas SANKARA.

Il y a juste 35 ans, il payait le prix du sang pour avoir commis un seul crime: aimer, sans hypocrisie, son pays. Toi et moi, ne l’avons connu que par les archives écrites et visuelles, mais comme des millions d’autres jeunes de notre génération, il nous inspire!

Beaucoup établissent des similitudes entre vous et certains même lisent les signes des temps en faisant de toi une réincarnation de cet illustre homme intègre. Du moins, c’est ce qu’ils voudraient que tu sois.

Je ne suis pas de l’un ou l’autre groupe du simple fait que, tu le sais bien, les époques ne sont plus les mêmes, les urgences de notre pays non plus.

Tomber dans le mimétisme sera une grave erreur qui ne te permettra pas d’exploiter ton potentiel afin de le mettre au service de ton peuple : sois inventif, sois original, sois toi mais sois le leader que tous nous voulons en ces temps troubles de notre histoire. Tu dois être plus que SANKARA si tu veux être SANKARA.

Tu n’es pas notre messie; je ne veux pas que tu sois vu ainsi car, le premier et le dernier a été crucifié par le peuple qu’il était venu sauver. C’est cela, les hommes!

Les mobilisations spontanées et organisées pour que tu nous portes sur tes épaules peuvent être les mêmes qui exigeront que tu nous fasses descendre du fait de l’insatisfaction, de la désillusion, de l’intolérance ou sous la manipulation d’un nouveau « sauveur » tapi dans l’ombre.

Nous notons les premières paroles et nous jugeons la suite par rapport à ce qui a été dit et qui nous a convaincus. Que la fidélité à la parole donnée soit une de tes valeurs essentielles.

Je vais terminer en restaurant les normes de civilité à présent.

Excellence, vous êtes désormais sur un fauteuil exceptionnel, le fauteuil le plus convoité des hommes, et aussi des femmes, de toutes les nations.

Ce fauteuil, il est dangereux et semble porter les germes de certaines maladies récurrentes chez plusieurs qui l’occupent: boulimie, arrogance, amnésie, cécité.

Le pire, quand apparaissent ces maladies, les médecins autour de vous (les conseillers) vous diront que les examens sont négatifs, que tout va bien.

Ainsi le fauteuil vous corrompt-il, avec la complicité d’un entourage nombrilique.

Dieu vous épargne d’un tel entourage et vous en donne un qui sache vous dire des vérités auxquelles vous ne resterez pas sourd.

Excellence Capitaine Président,

Une fois que vous êtes assis sur ce fauteuil, vous êtes exposé à tout ce que je viens de citer hormis d’autres choses que j’ignore.

Je m’arrête là car, il y a tant de choses à dire mais encore beaucoup plus à faire. Comme vous l’avez dit, « Il faut aller vite » et j’ajoute « et bien ». Oui, il faut aller vite et bien.

Puisse l’esprit de celui que la Terre du Faso a accueilli un 15 octobre 1987 vous habiter et vous inspirer pour libérer notre territoire et nous apporter la preuve que notre espoir de l’instant est fondé!

Bonne mission et que Dieu vous accompagne !

Cordialement,

Un jeune qui, comme plusieurs, vous accorde ce qu’il a de plus cher en ces temps : le bénéfice du doute.

Le Guantanaméen.

Adama Davy SOMA

Journaliste, poète

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