Tribune : « Jeunesse burkinabè, le capitaine Traoré compte sur vous »

Ceci est une tribune d’un citoyen sur la situation nationale au Burkina Faso.

C’est un truisme de dire que le Burkina Faso est à la croisée des chemins. En huit (8) ans, le pays a connu une insurrection populaire, trois coups d’Etat et cinq présidents. Une telle instabilité au sommet de l’Etat ne pouvait que renforcer la vulnérabilité du pays face à n’importe quelle menace. Elle trahit et traduit les divisions au sein d’une société en quête de repères, prise en étau par ses propres turpitudes, gangrenée par un incivisme mortifère, ruinée par une avidité suicidaire.

Le capitaine Ibrahim TRAORE arrive à la tête de ce pays au bord du chaos, de la rupture. Des pans entiers du territoire échappent au contrôle de l’Etat. Officiellement, l’on enregistre environ deux millions de déplacés internes, sans compter ceux qui ont trouvé refuge dans des pays voisins. Dans des régions comme le Sahel et l’Est, toutes les zones rurales ou presque sont sous le contrôle des groupes armés.

De grandes agglomérations dans le Sahel et l’Est sont sous blocus et des dizaines voire des centaines de milliers de personnes sont privées de nourriture. Les possibilités d’accès à l’école pour les enfants dans les régions à forts défis sécuritaires se réduisent chaque jour. Or, l’éducation reste le moyen de résilience face au fléau de l’extrémisme violent à préserver à tout prix et sur lequel le pays aura à s’appuyer pour se relever. L’accès à la santé dans bien de communes entières se réduit au recours à des plantes. Aucune évacuation sanitaire n’est possible à l’intérieur de la région du Sahel et même entre Dori et Ouagadougou. La région de l’Est et bien de zones du Centre-nord, du Nord et de la Boucle du Mouhoun ne sont guère mieux loties.

L’économie du pays repose sur l’agriculture, l’élevage, l’artisanat et maintenant, les ressources minières. Aucune activité liée à ces secteurs n’est envisageable dans les zones fortement touchées par le fléau. Les paysans dont les produits nourrissent les populations des villes et des campagnes ont perdu leurs terres et leurs bétails. Pour tout gâter, tout le monde n’est pas hélas, au même niveau de prise de conscience de la gravité de la menace.

C’est dans ce contexte que le jeune capitaine Ibrahim TRAORE est porté à la tête de l’Etat. Rarement un président du Burkina Faso a eu un tel soutien en particulier de la jeunesse. En campagne comme en ville, le capitaine Traoré est perçu comme l’homme providentiel, le messie attendu depuis ‘‘l’espoir assassiné’’ qu’incarnait le capitaine Thomas SANKARA. Ah ! un autre capitaine. Nous pensons que nous n’avons plus droit à l’erreur. C’est notre dernière chance. Gouvernants comme gouvernés. Chacun de nous doit apporter par la réflexion sa contribution dans les réponses à nos préoccupations du moment.

C’est dans cette perspective que nous souhaitons associer notre voix à celles de bien de burkinabè pour faire quelques suggestions à l’endroit de certains acteurs qui ont un grand rôle à jouer dans les jours, mois et années à venir.

A l’endroit du capitaine Ibrahim TRAORE, chef de l’Etat.

Le Burkina Faso a de nos jours une seule urgence : le retour de la paix. Vous avez à gagner et la guerre et la paix. Pour cela, il vous faudra chevaucher quatre (4) valeurs : l’humilité, la sincérité, le désintéressement et la compétence. Vous avez dû remarquer, monsieur le président, que depuis le retour à la démocratie au début des années 90, il y a une crise de confiance entre le peuple et ses gouvernants. Pour des questions de gouvernance. Vous avez un seul adversaire : l’insécurité. Faites-en sincèrement et réellement votre occupation principale. Il n’y aura pas de raison que vous manquez vos objectifs. Ne laissez aucune autre occupation vous distraire, distraire vos hommes.

La question de réconciliation des politiciens de Ouagadougou n’intéresse pas une écrasante majorité des burkinabè. Du reste pour l’essentiel, ce sont des questions de justice. Ce qui doit vous intéresser et vous occuper, c’est l’autre aspect non moins important du fléau de l’extrémisme violent. Il s’agit de la cohésion sociale au sein des populations des zones rurales, la cohésion au sein des forces de défense et de sécurité, le refus de la préséance dans la lutte contre le fléau.

S’il y a une réconciliation qui contribue à la résolution de la crise, c’est bien celle qui va recoller les morceaux en zones rurales. Les divisions des populations dans ces zones nourrissent le fléau. Quand on a créé le ministère de la réconciliation, beaucoup de gens ont pensé que c’était pour prendre à bras le corps ce volet en milieu rural.

Par ailleurs, nous ne savons rien des armes et de la guerre. Nous n’avons donc rien à proposer sur la conduite de la guerre. Il est vrai que l’exemple afghan nous révèle que ce sont les hommes, leur engagement, leur audace et leur témérité qui gagnent une guerre. Il apparait aussi de plus en plus que vous avez affaire à une guerre de mobilité. Celui qui tire sa force de la brousse, qui la contrôle, assujetti les villes et les voies de communication.

Enfin, il est utile de relever la prise en compte des questions de droits humains dans la réponse au fléau. L’injustice et l’iniquité sont sources d’instabilité. Tous les fléaux sociaux tirent leur source de ces deux. La justice et l’équité sont les piliers du droit à la vie, les garants de la cohésion sociale, l’essence du patriotisme. Plus vos hommes incarneront ces valeurs en ville comme en campagne, plus ils auront des résultats durables.

A l’endroit des médias

Face à n’importe quel problème de nos jours, on ne peut se passer des médias pour le résoudre. La presse est un espace important qui a un rôle majeur à jouer surtout en temps de crise. Mais il faut dire que ces dernières années, il y a trop de haine distillée sur des plateaux de télé et dans des radios à l’occasion de certaines émissions au Burkina Faso. Une vingtaine ou une trentaine de personnes-toujours les mêmes- animent toutes ou presque les émissions de débats.

Et il y a trop de haine distillée lors de ces émissions. Nous n’appelons pas à une restriction de la liberté d’expression mais il est utile vraiment de réduire l’espace dans les médias pour certaines personnes dont les propos contribuent plus à diviser qu’à unir les burkinabè. Peut-être même qu’il faut marquer une pause pour certaines émissions. Quand on suit certains débats, on se demande ce qui pousse les médias à inviter certaines personnes. Quelle plus-value apporte un invité qui déifie un humain ou qui fait de la fixation sur un homme politique ou sur un régime passé ?

A l’endroit des hommes politiques et des acteurs de la société civile

Le problème du Burkina Faso actuellement c’est le retour de la paix. Il est utile que l’on fasse l’effort d’éviter de tout politiser. Certains rendraient service au pays plus dans le silence que dans la parole. Les conférences de presse ou les marches de soutien à x ou à y n’apportent rien ou presque à la réponse à l’extrémisme violent. Les partis politiques et les organisations de la société civile(OSC) pourraient s’investir pour apporter leur contribution dans l’effort de guerre.

Cela n’empêche pas de préparer les prochaines échéances électorales. Quand on écoute dans les médias des hommes politiques ou des journalistes ou des leaders d’OSC d’un certain âge tenir des propos qui alimentent les divisions, on se demande ce qui arrive au pays. A peine le président de la transition désignée, on annonce des émissions qui n’apportent rien ou presque en ces temps difficiles. Une pause serait nécessaire.

A l’endroit de la jeunesse

Le rôle de la jeunesse a été certainement déterminante dans l’accession au pouvoir du capitaine Ibrahim TRAORE aussi bien dans les rangs des jeunes officiers/soldats que dans ceux des civils.  Toute chose a besoin d’être rationalisée. Il est utile que cette jeunesse réussisse son articulation avec les aînés si elle veut contribuer réellement au retour de la paix. Pour ainsi dire, notre société est une chaine dont chaque maillon compte. Il y a des gens vertueux dans toutes les générations tout comme des contre-exemples se retrouvent dans tous les âges. La jeunesse a massivement soutenu le jeune capitaine. Elle ne doit pas s’arrêter à la prise du pouvoir. Elle doit l’accompagner dans la mission que le peuple en particulier elle-même vient de lui confier : ramener la sécurité et la paix au Burkina Faso.

Cette jeunesse a montré sa capacité de mobilisation. Elle devra offrir sans tarder ses services au chef de l’Etat, que ce soit dans l’effort de guerre ou dans la mobilisation des ressources humaines ou dans la culture de la cohésion sociale et la promotion des droits humains en milieu rural. Ou même dans son engagement dans l’armée. Les marches, les meetings et autres conférences de presse n’apportent plus rien dès lors que votre choix a été respecté.

Le capitaine TRAORE et l’équipe qu’il va constituer ont besoin de sérénité pour produire les résultats que tous nous attendons. Il y a eu trop de violence ces jours-ci. Une chose est sûre : la jeunesse burkinabè joue sa crédibilité désormais. C’est elle qui a le pouvoir entre les mains. Si elle veut réussir, aider le capitaine TRAORE qu’elle a porté au pouvoir à réussir, elle doit éviter de l’écarteler, de le prendre en étau avec une contreproductive querelle de partenariat.

Le seul partenaire sur lequel le capitaine doit et peut compter pour réussir, c’est la jeunesse, c’est une jeunesse engagée et déterminée, c’est l’engagement de tous. Ne faites pas perdre le temps avec cette histoire de partenaires. Ce sont les hommes qui font la guerre. Une jeunesse qui se réclame de Thomas SANKARA et de Norbert ZONGO ne peut pas mettre sa sécurité entre les mains d’autrui fut-il russe, américain, français…Le capitaine a déjà dit que notre armée est en partenariat avec tous ces pays. Laissons-le s’organiser. Le plus vite.

Dans l’ensemble, ce que les burkinabè doivent éviter maintenant, ce sont les divisions contreproductives. Dans toutes les couches socioprofessionnelles, les gens doivent faire l’effort de s’unir. Nous avons confié la gestion du pays à une équipe. Si chacun de nous fait ce qu’il doit faire et ce qu’il peut faire de bien, nous allons nous en sortir. L’existence du pays dépend de notre capacité à transcender nos divergences, à nous unir.

En tout état de cause, notre existence n’aura de sens qu’à travers celle du pays. Le phénomène ruisselle. Pour l’instant quelques digues le maintiennent dans les régions de l’Est, du Sahel, du Nord, du Centre-nord et de la Boucle du Mouhoun. Il faut craindre que ce soit notre dernière chance pour renforcer ces digues afin d’éviter qu’elles cèdent définitivement. Espérons que nous saurons réprimer notre avidité et nos calculs politiques pour créer les conditions nécessaires à la sauvegarde et à la restauration de l’intégrité de notre pays.

Pour terminer, nous souhaitons rappeler au capitaine TRAORE, chef de l’Etat, ces propos dignes de sens attribués à MUAMMAR KADHAFI qui disait ceci : « Que j’aime la liberté des foules, leur élan enthousiaste après la rupture des chaines, lorsqu’elles lancent des cris de joie et chantent après les plaintes de la peine. Mais comme je les crains et les redoute !

Comme elles sont si affectueuses dans les moments de joie, portant leurs enfants au-dessus d’elles. Elles ont porté Hannibal et Périclès, Savonarole, Danton et Robespierre, Mussolini et Nixon. Et comme elles sont si cruelles dans les moments de colère. Ces foules qui ont comploté contre Hannibal et lui ont fait boire le poison, ont brûlé Savonarole sur le bûcher…envoyé Danton sur l’échafaud…fracturé les mâchoires de Robespierre, son bien-aimé orateur, trainé le corps de Mussolini dans les rues, craché à la figure de Nixon »

Elhadji BOUBACAR

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