Kayawoto : Le rap burkinabè prend une nouvelle tournure

L’artiste rappeur Kayawoto vient de jeter une bombe dans le monde de la musique burkinabè avec le clip vidéo de son dernier opus « Rakanra biiga ». Sortie il y a à peine deux jours, la vidéo a été déjà visionnée près de vingt mille fois. Dans un thème assez différent des ses premières vidéos, elle présente une œuvre d’une qualité indéniable, et dont les images feront parler d’elle au delà des frontières du Burkina Faso.

Kayawoto traduit en français « ici c’est comme ça », est un des jeunes visages du rap burkinabè, qui propose sa voix pour que s’exprime sa génération. Comme son nom le dit, il parle sans détour du quotidien de la jeunesse, ses déboires et ses rêves. Le natif de Pouytenga manie avec dextérité la langue mooré (une des langues nationales du Burkina Faso, ndlr), donnant de la puissance à son flow et suscitant le respect de ses congénères. Il profite ainsi de ses atouts pour atteindre ses objectifs, notamment s’installer en tête des hits hip hop au Faso.

En plus de ses qualités, il a l’avantage de travailler avec Propulsion Pictures. La maison de production dirigée par San Rémy Traoré voit les choses en grand et n’hésite pas à mettre les moyens pour sortir de l’ordinaire. Cela se ressent surtout dans les clips vidéo, qui donnent une dimension particulière aux chansons de l’artiste.

San Rémy Traoré, réalisateur / Propulsion Pictures

Des images osées

« Rakanra biiga » lève le voile sur un Kayawoto transformé : teint ciré, nageant dans l’opulence, luxueusement vêtu, entouré de jeunes filles aux chairs peu voilées. L’artiste affiche un regard digne du fils de milliardaire qu’il prétend être. Ce dernier ‘’roule sur l’or’’ et distribue les billets de banque en racontant à qui veut l’entendre que son « père est riche ». Une façon pour lui de décompresser, offrir une échappatoire aux mélomanes, leur vendre du rêve américain par exemple, mais au Burkina Faso.

Selon le réalisateur San Rémy Traoré, l’un des meilleurs de sa génération : « Il y a la misère, les soucis, toutes les choses qui se passent actuellement au pays, mais nous avons envie de rêver, de passer à autre chose, de voir les choses s’améliorer pour qu’on puisse s’épanouir. Tout ce qui se présente dans le clip, c’est vraiment une évasion. Nous avons décidé de nous lâcher pour une fois. »

En effet, le clip, bien qu’entièrement tourné au Burkina Faso, montre des décors d’un autre monde. San Rémy le présente comme « le fruit de tout le boulot qui a été abattu. On a énormément bossé sur le décor, et avec les partenaires très ouverts. Après avoir écouté le son, nous avons discuté et travaillé ensemble pour pouvoir illustrer au mieux le message véhiculé. »

Aspirer à une vie meilleure

Dans le domaine de la culture, le public burkinabè est connu pour être difficile et conservateur, surtout défenseur des valeurs culturelles de son patrimoine. Ce qui a valu à de nombreux artistes, d’essuyer une critique acerbe parce que leurs produits ont présenté des femmes dénudées ou véhiculé un langage osé. Cela n’a pas empêché Kayawoto de s’amuser dans « Rakanra biiga ».

A la question de savoir s’il ne craint pas que le Burkinabè ne retrouve pas sa culture dans ce produit, San Rémy est confiant : « Non, nous avons le plus souvent travaillé sur des projets qui défendent la culture burkinabè, des chansons 100% traditionnelles avec les décors de chez nous. Mais sur ce projet nous avions particulièrement envie de nous évader, de nous lâcher. Nous venons de quartiers pauvres, mais cela ne nous empêche pas de rêver, d’aspirer à une vie meilleure.

L’artiste lui-même a d’autres titres qui s’imprègnent de la culture. Par exemple dans son premier clip « Tabin yonsé » qui a été tourné au Grand Marché de Ouagadougou, il montre la réalité du pays avec un son entièrement en mooré aussi.

Chaque jour il y a de nouveaux clips qui sortent, qui défendent la culture burkinabè. Donc pour ceux qui ne se sentiront vraiment pas sur ce projet-là, ils ont la possibilité d’aller voir ces clips qui présentent mieux le Burkina dans tous ses états. »

Sortir de l’ordinaire pour convaincre les Burkinabè

Au-delà du rêve et de l’ambiance, cette réalisation se veut être une démonstration de force pour la nouvelle génération de rappeurs et aussi de producteurs burkinabè. L’on a souvent vu des artistes se déplacer dans des pays voisins pour chercher les moyens et l’expertise d’obtenir des produits audiovisuels de qualité. San Rémy veut montrer que c’est possible d’avoir cela sans quitter le Faso.

« L’enjeu, c’est de faire différemment que ce qu’on a l’habitude de voir. », explique le réalisateur. « Il y a plein de clips qui passent ailleurs, il y a des images que nous avons envie aussi de réaliser. Être au Burkina et faire quelque chose qui sort de l’ordinaire, qui convainc les Burkinabè. Nous voulons leur démontrer qu’on peut bien rester ici, et avec des idées et du travail faire sortir un bon produit. 

Nous voulons que chaque Burkinabè qui voit ce clip puisse rêver de se retrouver à la place du « rakaar biiga », qu’il convoite l’opulence. On a envie, pour un instant, de ne pas se soucier des questions de santé, des trois repas par jour, de nous défaire de nos soucis quotidiens, de penser à ce qu’on n’a pas mais qu’on rêve d’avoir. », a souhaité San Rémy.

Stella NANA

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